« … Dans tous les domaines de notre vie »

Transformer les situations de crise en expériences positives

Prendre conscience

On dit qu’il ne nous arrive jamais plus de difficultés que nous ne pouvons en supporter. Cela peut être difficile à croire quand nous voyons la porte se fermer brutalement sur plusieurs années de mariage, ou quand nous sommes assises dans une salle d’urgence avec indéniablement des os fracturés à la suite de la dernière scène de violence de l’alcoolique. Parfois nous faisons face à une situation difficile dès les premiers signes de problème, mais il nous arrive souvent, à nous qui avons été affectés par la consommation d’alcool d’une autre personne, d’essayer de prétendre que le problème n’existe pas, ou d’espérer qu’il se dissipera. Nous nous isolons peut‑être, craignant les réactions de notre entourage. Ou nous évitons d’en parler, croyant que la situation deviendra plus réelle si nous donnons un nom au problème. Peut‑être voulions‑nous être conscients, savoir exactement ce qui se passe, tout en désirant aussi éviter d’autres problèmes. C’est une forme de négation. Lorsque nous sommes en négation, nous percevons une situation comme étant si menaçante que nous nous y adaptons en niant son existence, afin de survivre. Nous faisons le meilleur choix possible, en conformité avec le monde qui nous entoure. Il arrive parfois que seule une crise puisse rompre notre négation. La situation se détériore, faire face à la vérité devient souvent le meilleur choix.

En d’autres occasions, notre prise de conscience se produit lentement et en douceur, et nous nous accordons le luxe de nous délester petit à petit de la négation, en la remplaçant par le sentiment de sécurité qui se développe fréquemment dans Al‑Anon, en dépit de nos problèmes. S’identifier à d’autres membres quand ils affrontent leurs propres vérités, constater le courage partout autour de nous et être totalement libérés de toute pression pour agir « de la bonne manière », tout cela favorise notre sentiment de sécurité. À mesure que ce sentiment grandit, une conscience endormie depuis longtemps peut commencer à s’éveiller en nous.

Pour certains d’entre nous, les souvenirs de la violence verbale ou physique de l’alcoolique surgissent soudainement à notre conscience après être restés enfouis durant plusieurs années. Il est possible que ces souvenirs ne soient pas les bienvenus ; nous pouvons même les repousser activement. La prise de conscience peut se révéler très bouleversante quand elle brise l’ancienne perception que nous avions de nous‑mêmes et des autres.

Les nouveaux membres ne sont pas les seuls à avoir de la difficulté à affronter des situations pénibles. Même les membres de longue date, habitués à une vie relativement sereine, peuvent être réticents à reconnaître la tension causée par une situation de crise. Il est facile de nous faire accroire qu’après nous être suffisamment rétablis, rien ne devrait nous déranger. Au contraire, à mesure que nous nous rétablissons, nous commençons à ressentir tous nos sentiments et à participer plus pleinement à la vie. Nous acquérons souvent de nouveaux points de vue et voyons les choses à partir d’une autre perspective. Quand nous cessons vraiment de nous concentrer sur l’alcoolique et que nous faisons l’expérience d’une croissance spirituelle dans Al‑Anon, plusieurs d’entre nous commençons à apprendre pour la première fois qui nous sommes et ce que nous voulons. Alors que ce processus nous permet souvent de découvrir en nous des atouts et des talents dont nous ignorions autrefois l’existence et qui rehaussent grandement notre vie, il se peut aussi que nous découvrions des zones de mécontentement. Certains prennent conscience d’une profonde insatisfaction dans leur carrière ou leur situation financière. D’autres remettent en question des choix d’ordre moral. Une honnête évaluation de sa propre vérité peut permettre à un homme d’âge moyen d’accepter l’idée qu’il est peut‑être homosexuel ; encourager une maîtresse de maison à s’inscrire à des études de médecine, ou d’inciter un avocat à laisser une clientèle lucrative pour écrire de la poésie. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est traumatisant de faire face à des découvertes aussi importantes.

La prise de conscience peut aussi nous être imposée avec une soudaineté atterrante. Qui ne se sentirait pas terrassé par le suicide d’un être aimé ? Qui ne serait pas horrifiée en se découvrant une grosseur au sein ou en apprenant qu’un ancien amoureux peut l’avoir exposée à une maladie potentiellement fatale ? Combien de gens peuvent réagir avec grâce quand le processus de vieillissement les empêche d’accomplir des tâches qui ont déjà été si simples ? Tout comme de telles situations, le mal familial de l’alcoolisme peut nous laisser complètement anéantis. Il se peut que nous n’ayons aucun contrôle sur notre situation et que nous nous sentions abandonnés par ceux dont nous attendions désespérément le soutien. Mais nous avons le choix. Nous pouvons décider si oui ou non nous nous abandonnerons. Un moyen de nous respecter est de permettre à la vérité, telle que nous la percevons, de faire surface à sa façon et à son rythme.

Réflexions sur le fait de prendre conscience

Faire face à la réalité

En tant qu’enfant de parents alcooliques, j’ai appris en très bas âge que les apparences étaient d’une importance capitale. Nous étions considérés comme une famille modèle et nous faisions de grands efforts pour préserver cette image. Mais l’image parfaite que nous montrions aux autres n’avait rien à voir avec la réalité. Notre vie familiale n’était pas très belle – il y avait des corrections brutales, des attaques verbales méchantes, des menaces et de l’intimidation. Nous ne discutions jamais de cette réalité. Non seulement nous leurrions les autres, mais nous nous leurrions nous‑mêmes. La négation constituait notre style de vie.

Cette négation a persisté dans ma vie d’adulte jusqu’à ce que je me retrouve sans foyer après avoir mis fin à une relation avec une alcoolique. J’avais entendu parler d’Al‑Anon auparavant, mais il a fallu que ma situation soit désespérée pour que j’y aie recours. Je n’avais pas d’autre endroit où aller. Ma famille avait refusé de m’aider de quelque façon que ce soit et je n’avais pas d’économies. Je me sentais coupable parce que je savais que cela pouvait arriver et dans ma négation, je n’avais rien fait pour m’y préparer. J’ai blâmé tous ceux à qui je pouvais penser, mais l’amertume ne me mettait pas un toit sur la tête.

À ma toute première réunion Al‑Anon, je me suis très peu confié, disant seulement que mon amie alcoolique m’avait mis à la porte. J’étais tellement gêné, j’avais tellement honte de ce que les autres membres pouvaient penser ! Je ne pouvais pas me résoudre à avouer que maintenant j’en étais réduit à dormir dans ma voiture. Même là, j’ai été soulagé de finalement dire une partie de la vérité. Je ne m’attendais absolument pas à ce que quelqu’un comprenne, encore moins s’occupe de moi, mais les membres du groupe ont été incroyablement bons et m’ont été d’un grand réconfort ; donc, j’ai continué d’assister aux réunions.

Ce fut un long et lent processus pour en arriver à faire face à toute une vie de négation. La honte que j’avais apprise dans un foyer d’alcooliques rendait ce processus difficile. J’ai découvert une partie de moi‑même que je jugeais si imparfaite et si peu valable que je pensais mériter de vivre à la rue. À mesure que j’ai écouté et que je me suis identifié aux autres membres Al‑Anon, il m’est devenu plus facile d’admettre la vérité concernant ma situation financière et mes sentiments. J’ai appris que toute ma vie avait été marquée par les conséquences de l’alcoolisme. Avec le temps, j’ai pu avouer que je vivais dans ma voiture et quand les membres de la fraternité m’ont offert de l’aide, j’ai été capable d’accepter. Finalement, j’ai économisé assez d’argent pour avoir un toit bien à moi.

Mon merveilleux Parrain m’a énormément aidé. Il m’a encouragé à « laisser du temps au temps » et m’a guidé dans la pratique des Étapes. Avec son aide, j’ai commencé à remettre en question mon attitude envers moi‑même, et à examiner mon passé de plus près et en ayant moins peur. Grâce à ce processus, j’en suis venu à croire en une Puissance supérieure à moi‑même. J’apprends à avoir confiance qu’Elle me guidera vers ce qui est le mieux pour moi. Je m’accroche aux slogans quand la douleur est grande, me répétant à maintes et maintes reprises « lâcher prise et s’en remettre à Dieu », « se hâter lentement » , « ne pas compliquer les choses ». Parfois il m’arrive même de trouver du réconfort en me répétant, entre les réunions, la Formule de Bienvenue d’Al‑Anon/Alateen. La maladie de l’alcoolisme est beaucoup plus forte que moi et je ne dois jamais oublier que je suis impuissant devant cette maladie. Aujourd’hui je me sens tellement privilégié, parce que je sais que ma Puissance Supérieure est encore plus puissante que l’alcoolisme.

 En venir à voir la réalité

Je suis une des nombreuses personnes qui se sont senties en faute dès le tout début de leur vie, parce que je suis une fille alors que mon parent alcoolique désirait un garçon. J’étais aussi une rêveuse. Je m’évadais dans mon monde imaginaire, là où personne ne pouvait me blesser; mes parents m’aimaient beaucoup et l’univers m’appartenait. Mais c’était une existence solitaire. Je pensais que si seulement je pouvais mourir, je n’aurais pas à endurer tout ce qui arrivait dans ma vie.

Quand je suis devenue adulte, mon foyer a été rempli du mal familial de l’alcoolisme. Le pire symptôme était la violence – physique, mentale et spirituelle. Certains d’entre nous se servaient de ces abus, certains en souffraient, et d’autres qui en étaient victimes les infligeaient à quelqu’un d’autre. À un moment donné, j’ai projeté d’assister à une réunion Al‑Anon. Alors que je me tenais à l’extérieur de la porte d’entrée, j’ai entendu la lecture des Douze Étapes ; ensuite, quelqu’un est arrivé et je suis partie, sous l’emprise de la peur. Deux ans plus tard, après encore plus de violence dans mon foyer, je suis finalement entrée dans la salle de réunions.

Lentement, j’en viens à voir la réalité. Il m’est difficile de me regarder – moi, la personne imparfaite – et il m’est encore plus difficile de travailler sur moi. Mais je commence à faire la différence entre le rêve et la réalité. Même si j’ai déjà cru avoir été lésée dans la vie, je sais maintenant que je me suis lésée moi‑ même. Je me suis privée de mes propres droits.

J’ai passé mes deux premières années dans Al‑Anon à mettre de l’ordre dans mes idées, à observer, à absorber et à progresser. J’ai commencé à croire que je pouvais faire face à la réalité. Peut‑être que je pouvais être l’épouse et la mère que je voulais être, même si mon mari continuait à boire. J’avais fait les trois premières Étapes. J’admettais que j’étais impuissante. Je voyais que ma vie était devenue incontrôlable. Je savais que seule ma Puissance Supérieure pouvait me rendre la raison et je Lui remettais ma volonté et ma vie. Je commençais à comprendre que je devais Lui ouvrir ma porte. Elle m’avait déjà ouvert la Sienne.

Sortir du cauchemar

Avant de connaître Al‑Anon, notre vie familiale était constamment perturbée par des querelles. Notre fils aîné ne vivait plus sous notre toit, mon mari alcoolique lui ayant « demandé » encore une fois de partir.

Tôt un matin, la police a cerné notre maison. Mon fils était recherché parce que son ancien employeur avait été victime d’une tentative de vol perpétrée par une personne correspondant à sa description. Mon fils avait été congédié la semaine précédente. J’ai ri nerveusement en disant : « Ça ne peut pas être mon fils, il est beaucoup trop sensé pour faire quelque chose d’aussi stupide. » Vingt‑quatre heures plus tard, après son arrestation, il a admis avoir commis ce vol à main armée. Un soir, alors qu’il attendait son procès, j’ai vu mon mari le frapper à plusieurs reprises. Je suppliais mon mari d’arrêter et notre fils cadet pleurait dans sa chambre. Pourquoi ce cauchemar ? J’avais entendu parler d’Al‑Anon et j’ai décidé à l’instant même d’assister aux réunions. Quel soulagement de rencontrer des gens qui comprenaient.

J’ai éprouvé d’affreux remords de voir mon fils bien‑aimé, confus à ce point et condamné à trois ans de travaux forcés. Comme j’aurais désiré avoir été plus consciente de la perturbation de son état émotionnel, comme j’aurais désiré avoir agi différemment. Si seulement j’avais connu Al‑Anon plus tôt. J’ai fini par apprendre à ne pas regretter le passé et à être reconnaissante de la compréhension à laquelle je suis parvenue après avoir connu Al‑Anon. Avec l’aide de Dieu, je ne répéterai pas mes erreurs passées. Nous avons le bonheur d’avoir un autre fils qui apprend maintenant que papa est malade, tout en continuant à l’aimer tendrement.

Notre fils aîné a été libéré sur parole après dix‑huit mois de détention et miraculeusement, il a commencé une nouvelle vie : il travaille et il est fiancé à une charmante jeune fille. Nous avons une meilleure relation maintenant, à mesure que « je lâche prise et m’en remets à Dieu ». Je ne peux imaginer où je serais aujourd’hui sans l’aide d’Al‑Anon.

Briser le cycle de la négation

Durant mon adolescence, mes sœurs et moi avons été victimes d’attentats à la pudeur de la part d’un des employés de mon père. Quand nous avons raconté ces incidents à ma mère, elle a été stupéfaite et furieuse. Nous avons cru qu’elle s’occuperait de la situation. Quelques semaines plus tard cependant, nous nous sommes aperçues que nos parents ne prenaient aucune mesure contre cet agresseur d’enfants. Nous avons été laissées à nous‑ mêmes pour nous débrouiller.

Mon mari ne buvait pas lorsque je l’ai épousé, mais quand il a commencé à boire, la maladie a progressé rapidement. Même si mon mari ne nous battait pas, les enfants et moi étions victimes de violence émotionnelle et verbale. À l’âge de quatre ans, mon fils était très renfermé et craintif et ma fille de deux ans n’approchait pas son père. Toutes les peurs de ma jeunesse sont revenues et m’ont paralysée. Par la grâce de Dieu, j’ai connu Al‑Anon. Il a fallu que je fasse partie de la fraternité plus de deux ans avant que je me rende compte que j’étais devenue comme ma mère. Je n’acceptais pas la responsabilité de protéger mes enfants contre la violence émotionnelle et verbale. J’ai prié pour obtenir de la sagesse, être guidée et avoir le courage de changer les choses que je pouvais. Avec l’aide de ma Puissance Supérieure et de certains amis Al‑Anon en particulier, j’ai acquis le courage de quitter mon mari durant quelque temps. Ce fut une période difficile, faite de souffrance et de solitude, mais Al‑Anon m’a aidée à la traverser.

Depuis, mon mari est devenu sobre avec AA. Les enfants n’ont plus peur de lui. Nous essayons de progresser individuellement, au sein d’une famille bâtie sur l’amour, l’acceptation et la confiance.

Affronter un passé douloureux

J’ai commencé à sortir avec les garçons à l’âge de dix‑neuf ans. Je voulais qu’un homme m’aime et me sorte de la maison de mes parents. Quand je suis devenue enceinte, j’ai eu honte et j’ai eu très peur. J’étais sûre d’être enceinte, mais mon petit ami alcoolique m’a convaincue que je ne l’étais pas. J’ai commencé à prendre la pilule contraceptive. Je ne sais pas combien j’en ai pris.

Peu de temps après, j’ai fait une fausse couche. J’étais horrifiée ! Quand mon ami est finalement arrivé, il était trop ivre pour se rendre compte de ce que je disais. Je me croyais responsable parce que j’avais pris ces pilules et j’avais l’impression d’avoir commis un meurtre. Aujourd’hui, je sais que cela est impossible – les pilules ne pouvaient pas produire cet effet. Cependant, à l’époque, je l’ignorais. Je n’avais personne à qui en parler.

Mon petit ami est devenu mon mari. Je me croyais obligée de l’épouser parce que j’avais tué son bébé. Al‑Anon m’a aidée à considérer ma fausse couche objectivement. J’ai raconté ce qui était arrivé à des membres de la fraternité ; ils m’ont comprise et m’ont aimée quand même. Puis un soir, je me suis souvenue de ce drame. J’ai revécu en esprit l’horreur de cette nuit de mes dix‑neuf ans. Aux réunions, j’ai entendu dire que si on ne fait pas face à une chose lorsqu’elle se produit, on aura à lui faire face plus tard afin de la régler. Quand j’ai revécu ma fausse couche en pensée, j’ai appelé une amie Al‑Anon et elle m’a aidée avec amour à revivre ce moment.

J’ai vu le sang. J’ai ressenti la peur. J’ai éprouvé la souffrance. Je me suis alors rendu compte que je peux me pardonner une chose que j’ai faite il y a plusieurs années. Je peux pardonner à cette jeune fille qui a eu tellement peur.

Rompre l’isolement

En tant qu’homme dans Al‑Anon, j’aimerais qu’il y ait plus d’hommes dans la fraternité. J’ai parfois l’impression d’être l’ambassadeur de mon sexe et je me sens mal à l’aise dans ce rôle.

Je connais plusieurs hommes dans la fraternité qui, comme moi, ont grandi dans le contexte de l’alcoolisme. Ils m’ont aidé à comprendre et à accepter l’isolement que j’ai vécu et que j’ai même cultivé. En me sentant plus près de ces membres, j’en suis venu à me sentir plus près de moi‑même. En écoutant ces hommes raconter les difficultés qu’ils ont eues à créer de l’intimité dans leur vie et à faire de la place à leurs sentiments, j’ai été capable d’être moins sévère et plus compréhensif envers moi‑même. La présence d’hommes dans Al‑Anon m’a aidé à me rappeler que l’alcoolisme nous affecte tous, sans égard au sexe ou aux antécédents, et que le don de la sérénité est accessible à tous.

 Surmonter la négation

La colère, l’amertume, la peur, le rejet et l’incompétence étaient des sentiments que j’ai beaucoup essayé de nier tout au cours des vingt‑six années de mon mariage avec un alcoolique en phase active, qui a eu de nombreuses liaisons. L’illusion est devenue mon mode de vie. Je me suis forcée à le voir comme je voulais qu’il soit, non comme il était vraiment, et à maintenir l’apparence d’un « beau petit couple », comme on nous appelait souvent. Je me suis convaincue que je pouvais vivre sans ressentir quoi que ce soit, parce que c’était le seul moyen que je connaissais pour cesser de souffrir.

Il a fallu que j’assiste aux réunions Al‑Anon durant plusieurs mois avant d’avoir suffisamment confiance pour parler de cela. J’avais d’abord besoin de croire que la conduite de mon mari n’était pas un blâme à mon endroit. La Prière de Sérénité m’a guidée et a été pour moi une grande source de réconfort. Je détestais le passé et je voulais désespérément y apporter des changements.

J’ai fait la paix avec le passé en me rendant compte que je ne peux pas régler les problèmes de mon mari, problèmes qui l’ont amené à faire ces choix. Quand je désire changer mon mari, je me rappelle le slogan Al‑Anon, « ça commence par moi », et je tourne mon attention vers mes propres attitudes. Quand mes anciens sentiments me hantent, je dresse rapidement une liste des choses dont je suis reconnaissante. Je trouve que c’est un excellent moyen pour bannir les pensées et les sentiments malsains. De plusieurs années de misère à trois années si enrichissantes de défi pour me rétablir, je suis en train de changer ma vie avec l’aide d’Al‑Anon, un programme d’espoir !

Être à l’écoute de ma voix intérieure

J’ai appris que mon mari alcoolique avait agressé une jeune fille seulement quand le cas a été amené devant les tribunaux. Au début, j’ai été furieuse, blessée et stupéfaite. Mais c’est ma colère contre moi‑même qui a été mon plus gros problème, parce qu’il y avait eu des signes avant‑coureurs dont je n’avais pas tenu compte. J’avais ignoré mes sentiments, pensant qu’ils n’avaient aucune valeur. Grâce à Al‑Anon, j’apprends à croire que mes sentiments ont vraiment un fondement de vérité et qu’ils valent la peine d’être écoutés. Je suis convaincue que nous possédons tous nos propres réponses en nous et que nous pouvons les trouver avec l’aide du programme Al‑Anon et d’une Puissance supérieure.

 Vivre le présent

Je me rappelle les longues nuits de solitude et d’attente à me demander avec qui il était et ce qu’il faisait. Je me rappelle comment mes soupçons s’éveillaient quand il s’est mis à faire au grand jour des avances plus entreprenantes à d’autres femmes. Toutes ces peurs étaient quelque peu tempérées par le fait que j’entendais seulement ce que je voulais entendre, et que j’avais confiance parce que je voulais tellement avoir confiance.

Étant absorbée par la création du mariage de mes rêves, j’ai choisi de mettre de côté tous les signes révélateurs de l’aujourd’hui que je vivais. Je les considérais comme des périodes difficiles que je devais traverser afin d’atteindre la promesse d’un lendemain meilleur.

Et le mal familial qu’est l’alcoolisme a progressé. Les périodes difficiles le sont devenues de plus en plus jusqu’à ce que je connaisse Al‑Anon et que je commence à changer d’attitude. Le programme Al‑Anon, ses membres, les réunions et une Marraine active dans la fraternité m’aident à me rappeler qui je suis, par où je suis passée, là où j’en suis maintenant, et que je dois être réceptive à ce que demain peut m’apporter. La sécurité – ou ma recherche de la sécurité – ne constitue plus la base de mes opérations. Je vois que rien dans ma vie n’a jamais été éternel. Le bon et le mauvais, tout passe. Je ne suis plus obligée de vivre dans l’irréel d’un lendemain dont j’aurais déjà écrit le scénario, mais qui peut ne jamais se réaliser.

Le partage, source de rétablissement

… Alors, raconte‑nous ta vie avant ton arrivée à Al‑Anon.

… Eh bien, elle était vraiment incontrôlable – épouvantable. Je vivais avec un compagnon qui buvait et se droguait ; il niait également que j’avais le virus du SIDA. Et je ne faisais pas exactement face au diagnostic de mon SIDA d’une façon saine, positive.

… Qu’espérais‑tu retirer d’Al‑Anon ?

… À vrai dire, je voulais seulement acquérir la force de quitter mon compagnon – et le plus tôt possible. Ce fut tout un choc quand on m’a suggéré de ne faire aucun changement radical dans ma vie avant six mois !!!

… Qu’as‑tu fais alors ?

… Je suis resté, un jour à la fois, et puis un miracle s’est produit. Mon compagnon a atteint le fond de l’abîme, et même si je n’avais que quelques réunions à mon actif, c’était suffisant pour m’empêcher de réagir comme auparavant. Il a commencé un programme basé sur les Douze Étapes trois jours plus tard et il s’y est accroché. Ensuite, nous nous sommes vus rarement et quand cela arrivait, nous nous retrouvions invariablement tous les deux à la maison en train de parler avec des membres au téléphone. Mais notre amour était assez fort. Nous nous rendions compte que nous faisions tous les deux des changements spectaculaires, positifs et salutaires dans notre vie, et ces changements, même s’ils faisaient peur et quelquefois mal, pouvaient donner à notre relation des dimensions nouvelles et exaltantes. Aujourd’hui, nous avons une relation beaucoup plus honnête, plus confiante et plus aimante.

… Donc, tu es reconnaissant de ce que tu as appris dans Al‑Anon ?

… Plus que je ne saurais le dire. Quand je me suis joint à Al‑Anon, je n’ai pas pensé un seul instant que cela pouvait éventuellement influencer les sentiments que j’éprouvais en vivant avec le virus du SIDA ; mais quand j’applique le programme à tous les aspects de ma vie, il peut se produire des miracles. Dans Al‑Anon, j’apprends que j’ai des choix à faire dans la vie. Ces choix s’appliquent parfaitement au fait de survivre et de se sentir bien avec le virus du SIDA. Il m’a fallu un certain temps pour acquérir le courage de parler de mon état de santé. J’avais besoin de savoir que j’étais dans un environnement sûr. Après en avoir parlé, un étonnant rétablissement intérieur s’est amorcé et j’ai reçu un incroyable déferlement d’amour et d’appui, même si tout le monde n’est pas à l’aise d’entendre parler de mon état. Je préfère ne pas trop appuyer sur les sombres côtés du SIDA, mais davantage sur la joie d’être vivant et sur l’appréciation des bienfaits que j’ai reçus. Aujourd’hui, je suis plus heureux que je ne l’ai jamais été – et aujourd’hui seulement, cela me suffit.

Prendre conscience et surmonter la honte

Les rêves que j’avais faits pour mes enfants ont été détruits le jour où ma fille m’a déclaré : « Maman, j’ai quelque chose à te dire que tu n’aimeras pas entendre », puis elle m’a révélé que son frère abusait d’elle sexuellement. J’avais énormément honte. Je suis une conseillère en théologie et ces choses n’étaient pas supposées arriver dans ma famille.

D’une certaine façon, la Puissance Supérieure que j’en étais venue à connaître dans Al‑Anon, Celle Qui m’aimait, est venue à mon secours à ce moment‑là. Je savais que nous avions ce fardeau à porter et que nous étions suffisamment forts pour y faire face. J’ai immédiatement pris le téléphone et j’ai commencé à communiquer avec mon réseau d’aide Al‑Anon. J’avais des idées de suicide et de meurtre. Après tout le temps et l’énergie consacrés au rétablissement de l’impact de l’alcoolisme sur ma famille, ce nouveau malheur me semblait injuste. J’ai reproché à Dieu les injustices de la vie. Cependant, j’étais souvent émue aux larmes par le soutien et l’acceptation dénuée de jugement que je recevais.

Moins de onze jours plus tard, notre fils quittait la maison. Nous avons décidé d’engager des poursuites contre lui – il niait totalement ses actes. Toute la famille a commencé à suivre une thérapie. Notre fille a aussi vécu de touchants débuts de rétablissement et notre fils a été admis dans un hôpital psychiatrique. Mes amis Al‑Anon m’ont accompagnée à travers ces premiers jours déchirants et même au‑delà.

On a diagnostiqué que notre fils avait une lésion au cerveau. Lui trouver une aide appropriée est une tâche ardue et épuisante. Il tombe dans les failles de nombreux systèmes et ce n’est pas tout le monde qui accepte un garçon qui abuse sexuellement d’une enfant. Ma fille traverse souvent des périodes de dépression et elle a actuellement des difficultés scolaires. Les membres Al‑Anon m’aiment et me rappellent le courage qu’il faut pour affronter avec dignité et maturité une telle situation. Grâce à leur aide, j’ai été capable de rencontrer les professeurs de ma fille sans être paralysée par la honte.

J’ai trouvé extrêmement pénible de faire mes Quatrième et Cinquième Étapes concernant cette situation. Je continue à lutter contre ma honte. Je me demande ce que veut dire secourir et ce que veut dire accepter les choses que je ne peux changer. Il n’y a pas de réponses faciles, mais ma Puissance Supérieure m’a envoyé d’autres personnes qui ont vécu des expériences semblables pour m’aider à mettre les principes en pratique. Avec l’aide du programme Al‑Anon, j’en arrive à accepter la vie telle qu’elle est et à trouver un peu de sérénité au milieu de la souffrance.

Faire face à mon propre comportement inacceptable

Grâce à Al‑Anon, j’ai récemment pris conscience à quel point je me comportais de manière abusive en raison de la situation que je vivais auprès d’un alcoolique. À cause de mes peurs, ainsi que mon insécurité et mes frustrations devant mon incapacité de contrôler l’alcoolique, j’ai été violente verbalement avec mes enfants en les traitant de tous les noms, en étant hystérique pour des raisons aussi futiles qu’un verre de lait renversé, ou en exigeant d’eux une « performance parfaite ». Cette prise de conscience m’a aidée à apprendre à ne pas réagir sous le coup de la colère, à m’arrêter pour penser et à vivre ma vie une minute à la fois si nécessaire. Al‑Anon m’a aidée à me diriger vers une vie plus calme et plus sereine, en ayant plus de respect pour moi‑ même et pour les autres.

Abandonner la négation

À la fin de ma première année dans Al‑Anon, je ressentais une paix que je n’avais jamais connue auparavant. Mais quand mon frère a été tué dans un accident de voiture, Al‑Anon est devenu ma bouée de sauvetage. J’ai découvert que j’avais développé une foi profonde qui, mise à l’épreuve, est demeurée solide comme le roc. Durant cette période, j’en suis vraiment venu à croire que l’alcoolisme était une maladie et j’ai été capable de pardonner à mon frère d’avoir conduit en état d’ébriété après avoir fait partie de la fraternité AA pendant cinq ans. J’ai appris le sens des mots « impuissance » et « acceptation ».

J’avais appris dans Al‑Anon à chercher les occasions de croissance dans toutes les situations. Cette attitude m’a permis de retirer de nombreuses richesses spirituelles de la souffrance que je vivais. Moi seul avais le pouvoir de transformer ma souffrance en un gain.

Six mois plus tard, j’ai été en mesure d’admettre, pour la première fois, que mon père était alcoolique. En admettant cela, j’avais l’impression de trahir ma famille. J’ai découvert, par ma propre expérience, à quel point la négation avait une forte emprise sur moi et comment elle m’empêchait de progresser. Je suis reconnaissant que le carrousel ait cessé de tourner et d’en être descendu à temps.

Renoncer au perfectionnisme

Quelque part dans ma vie, j’avais accepté l’idée que je devais être parfaite sinon je ne valais rien. J’ai passé tout mon temps à m’efforcer d’être parfaite en tant qu’épouse, mère, fille et étudiante. J’avais l’impression que la seule chose qui m’empêchait d’être parfaite, c’était l’alcoolique dans ma vie, qui me faisait honte en couchant avec d’autres femmes et en me forçant à assumer toutes les responsabilités financières de la famille. À mesure que le temps a passé, je l’ai accusé d’avoir une liaison avec toutes les femmes qu’il connaissait. Je me suis ridiculisée davantage qu’il n’aurait jamais pu le faire. Remplie d’orgueil et de suffisance, j’ai entamé des procédures de divorce, mais après son départ, je me suis rendu compte avec amertume que je n’étais toujours pas parfaite. Cette prise de conscience a été bouleversante. Je me sentais toute seule, en colère contre le monde entier, et qu’il vaudrait mieux que je sois morte. Heureusement, quelques membres Al‑Anon très sages ont perçu la profondeur de mon désespoir. Ils m’ont téléphoné alors que j’étais incapable de le faire. Ils m’ont laissée pleurer sur leur épaule et quand je leur ai dévoilé mes secrets les plus intimes, ils n’ont pas frémi d’horreur ; ils m’ont plutôt prise dans leurs bras. Ce sont les membres de la fraternité qui m’ont empêchée de sombrer. J’étais incapable de voir comment les Étapes pouvaient m’aider dans ma vie, mais je percevais l’espoir et c’est à cela que je me suis accrochée.

Aujourd’hui, je peux m’accepter pour ce que je suis, car je sais que peu importe ce qui arrive, j’ai une Puissance Supérieure et il y a des membres qui m’aimeront de toute façon. Aujourd’hui je peux me permettre de pleurer devant les gens. Le courage et l’honnêteté que j’ai nouvellement acquis m’ont aidée à voir le rôle que j’ai joué dans l’effondrement de mon mariage, et mon mari et moi vivons de nouveau ensemble actuellement. Ce n’est pas facile et je ne sais pas comment cela finira, mais je sais que si je vis « un jour à la fois » et si je mets le programme Al‑Anon en pratique du mieux que je peux, tout s’arrangera de la meilleure façon possible ce qui, selon moi, se rapproche suffisamment de la perfection.

Mettre fin à la négation

La négation s’est graduellement dissipée durant ma première année dans Al‑Anon, mais quand mon ami alcoolique a mis un terme à notre relation « au nom de son rétablissement », toute la négation qui restait en moi est revenue à la surface, me laissant profondément ébranlée. Quelque chose à l’intérieur de moi savait que le seul moyen de me rétablir consistait à faire face à la réalité, avec son cortège de déceptions et de rêves brisés. À l’instant même où j’en ai eu besoin, un membre Al‑Anon de longue date a été mis sur mon chemin, comme un ange. Cette femme m’a accompagnée aux réunions et durant une période où chaque appel téléphonique me semblait une terrible corvée, elle m’a constamment pressée de l’appeler. Elle m’a dit à quel point cela l’inspirait de me voir cheminer. À ce moment‑là, je croyais qu’elle était simplement gentille, mais maintenant, quelques années plus tard, me retrouvant de l’autre côté, je sais qu’elle était sincère. Je ne cesse de m’émerveiller de tout le courage qui m’entoure dans Al‑Anon. C’est un grand privilège de pouvoir y exprimer nos sentiments, que nous soyons d’un côté ou de l’autre.

Le progrès, non la perfection

Lors d’un atelier sur les problèmes des membres Al‑Anon de longue date, tout le monde a mentionné la difficulté qu’ont les nouveaux venus dans Al‑Anon d’accepter que ceux parmi nous qui sont là depuis un certain temps peuvent encore souffrir. Pareillement, certains membres de longue date pensent qu’ils ne peuvent pas être malades ou avoir de problèmes émotifs – ou tout du moins, que personne ne doit savoir qu’ils en ont. J’ai fait face à ce problème précis il y a plusieurs années de cela, quand la dépression me paralysait. Je craignais que si des membres Al‑Anon ayant moins d’expérience l’apprenaient, ils allaient penser qu’Al‑Anon n’était pas un programme efficace ou que j’étais une sorte de raté. Je sais que la fraternité Al‑Anon est entre les mains de Dieu, non d’un quelconque individu, et que ce qu’on attend de moi, c’est du progrès, non de la perfection.

Parfois, je crois que je souffre davantage maintenant que lors de mes débuts, parce que plus je suis conscient, plus je perçois mes sentiments. Bien sûr, j’ai maintenant des outils qui m’aident à aborder la souffrance. Je ne souffre plus aussi longtemps et je ne souffre plus seul. Malgré tout, j’ai parfois le goût de dire : « Redis‑moi à quel point je suis heureux. »

Plus je reste dans le programme, plus j’ai du mal à trouver des membres qui en sont au même point où j’en suis dans mon cheminement spirituel. À mon avis, il ne s’agit pas de snobisme – Oh ! Comme je m’étais senti coupable d’avoir eu cette impression ! – mais c’est seulement un fait.

Néanmoins, quand mon cheminement dans Al‑Anon devient routinier, j’essaie de me rappeler qu’une routine est une tombe dont les deux bouts sont ouverts et d’où je dois sortir si je ne veux pas être enseveli.

Remplacer les idées illusoires par l’estime de soi

Aujourd’hui, je reconnais que dans le passé, je choisissais des gens que je croyais pouvoir contrôler, dont je pouvais m’occuper et régler les problèmes. Afin de confirmer la piètre opinion que j’avais de moi‑même, je choisissais inconsciemment des gens qui abuseraient de moi sur le plan émotionnel et qui me rejetteraient, de sorte que je pourrais m’apitoyer sur mon sort (pauvre de moi, on me fait toujours mal). Si quelqu’un tentait de trop se rapprocher de moi, je me refermais. Je devenais distant. J’avais peur de me rapprocher des autres ou d’être aimé parce qu’en mon for intérieur, je ne m’en croyais pas digne. Je vivais dans un monde imaginaire, passant tout mon temps à désirer, rêver, espérer ce que j’étais moi‑même incapable de donner ou d’accepter.

Dans Al‑Anon, j’apprends à me connaître, ainsi qu’à contrôler et à changer mon comportement. Ce faisant, j’ai plus d’estime pour moi‑même. Aujourd’hui, parce que j’assiste aux réunions et que je suis disposé à être honnête, je me reconnais une certaine valeur et je n’ai pas besoin de vivre dans l’illusion. Ma vie s’améliore quand je ne prends que la responsabilité de moi‑ même. Aujourd’hui, je m’occuperai de mes affaires et je garderai mon attention axée là où elle doit être : c’est‑à‑dire sur moi.

Mettre un terme à mon isolement

Quand mon mari alcoolique m’a quittée, c’était comme si mon univers s’était effondré et qu’il ne me restait plus rien au monde – pas même moi. J’étais en difficulté, totalement effrayée, et seule. J’étais une victime n’ayant aucun choix véritable, aucune issue possible. Je me suis traînée à Al‑Anon.

Une des premières choses que j’ai entendues a été que, peu importe l’état dans lequel je me trouvais, c’était correct de venir aux réunions. Certains matins je pouvais à peine me lever. C’était correct même si je ne faisais qu’assister à la réunion et que je restais là à pleurer. Cela n’avait pas d’importance que je sois dans un état lamentable. Les réunions ont brisé mon isolement. J’ai pris des numéros de téléphone et je me suis rendu compte qu’il n’en tenait qu’à moi d’être seule ou non.

Mon rétablissement dans Al‑Anon nécessitait continuellement que je prenne des décisions. J’avais une foule de choix à faire et je ne prenais la responsabilité d’aucun de ces choix. Je ne laissais pas uniquement les événements se produire, je leur permettais de se produire en ne jouant pas un rôle actif. Mais je n’ai pas eu à faire quoi que ce soit jusqu’à ce que je me sente prête.

Aujourd’hui j’y vois un peu plus clair. Si je n’avais pas Al‑Anon, je voudrais encore que les choses soient différentes. Les membres Al‑Anon de longue date parlent de « vivre et laisser vivre ». Pour moi, cela signifie que le chemin menant à la sérénité consiste à vivre ma vie le plus pleinement possible et à laisser les autres vivre la leur.

Reconnaître une situation destructive

Je sais que j’avais peur de bousculer mon mari qui avait des tendances suicidaires, mais je niais aussi beaucoup l’urgence et le caractère destructeur de la situation. J’avais longtemps toléré les mauvais traitements qu’il infligeait aux enfants. Je n’attachais pas beaucoup d’importance à mes réunions Al‑Anon, n’y assistant qu’une fois la semaine. Mon fils pouvait venir me dire que papa l’avait frappé avec une pelle et mon mari disait qu’il l’avait à peine frôlé. J’étais tellement confuse que j’étais incapable de mettre en pratique « l’essentiel d’abord », et que mon mari se fasse pousser la barbe me bouleversait autant que de l’entendre crier après les enfants. Avec le temps, ce que j’entendais dans Al‑Anon a commencé à s’infiltrer en moi et ma négation s’est écroulée. J’ai commencé à voir à quel point la situation familiale était devenue destructive et je me suis sérieusement engagée à suivre le programme Al‑Anon. J’ai assisté à de nombreuses réunions, je me suis choisi une Marraine et j’ai mis les Étapes en pratique. Les slogans m’ont tellement aidée ! Ils étaient assez simples pour que je m’y accroche, même au milieu de ma confusion.

Tout va tellement mieux aujourd’hui et je suis reconnaissante de ce qu’Al‑Anon a fait pour moi. Cependant, je regrette de ne pas avoir choisi dès le début une immersion totale dans le programme Al‑Anon. Mes enfants vont bien, mais je peux voir les séquelles. J’ai encore du travail à faire pour me pardonner. Je sais que j’ai fait de mon mieux à l’époque.

Prendre conscience de mon impuissance

J’avais l’impression de vraiment mettre mon programme Al‑Anon en pratique. Après tout, mon mari allait en traitement. Cela ne signifiait‑il pas que je réussissais bien? Effectivement, il y est allé, mais il n’y est resté que deux jours et ma maladie a régné en souveraine. Je prenais les clés du camion et je les cachais, je gardais le chéquier à mon travail pour qu’il ne fasse pas de chèques et je l’appelais à longueur de journée pour m’assurer qu’il était sobre. Rien de tout cela ne l’empêchait de boire. Je ne pouvais contrôler ni sa vie ni la mienne.

Un soir, il est arrivé une catastrophe. J’étais anéantie, mais grâce au peu d’Al‑Anon que j’avais, j’ai été capable de comprendre, j’ai réussi à passer la nuit. Je me suis rendu compte qu’il était incapable de contrôler cette maladie et que moi aussi je devais cesser de m’en préoccuper. Quand j’ai complètement lâché prise et que j’ai laissé la situation entre les mains de ma Puissance Supérieure, j’ai commencé à me détendre. J’ai dû me retrouver en situation d’impuissance avant de me rendre compte que je n’avais aucun contrôle ni sur l’alcool ni sur l’alcoolique.

Mais pouvais‑je faire vraiment confiance à Quelqu’un de supérieur à moi‑même? Juste à ce moment‑là, j’ai lu quelque chose qui m’a aidée à commencer à « lâcher prise et m’en remettre à Dieu ».

On y disait :

Chère    ,

Merci, mais je n’ai pas besoin de ton aide aujourd’hui.

                                                                Avec amour, Dieu

Durant les quelques semaines qui ont suivi, quand je ressentais le besoin de donner un coup de main à Dieu, je sortais cette feuille de papier et je la lisais. Et sachez qu’Il S’est vraiment très bien débrouillé sans mon aide.

Ma conscience s’est éveillée quand j’ai été prête

J’étais dans un état tellement pitoyable au début que si la fraternité Al‑Anon avait été faite de confrontation ou d’autorité, je n’y aurais pas adhéré. J’aurais pu facilement être basculée par‑ dessus bord. J’ai seulement commencé à faire face aux situations lorsque j’étais prête et que j’en étais capable. Je crois que c’est la raison pour laquelle ma Puissance Supérieure a attendu que j’aie deux ans de rétablissement dans Al‑Anon avant de me révéler que mon père, mon beau‑père, mon frère, mon premier mari et plusieurs autres personnes qui font partie de ma vie étaient tous alcooliques. J’avais besoin d’être doucement ramenée à la vie par l’amour et qu’on me donne le temps nécessaire pour écouter, m’identifier et mettre en pratique ce que je pouvais.

J’ai découvert que les mêmes outils dont je me servais pour me rétablir des conséquences de l’alcoolisme sont très utiles dans d’autres situations que je vis. Pour faire face à des relations difficiles, je commence par mettre en pratique toutes les Douze Étapes. Les excellentes questions à la fin du livre Al‑Anon, Un dilemme : le mariage avec un alcoolique, m’aident à aborder la relation en question en appliquant une Étape à la fois ainsi qu’à faire l’inventaire du rôle que je joue dans cette relation. Ma Marraine m’aide à voir où résident mes problèmes. Ensuite, je fais ce que je peux pour que ma participation dans cette relation soit meilleure. Cela peut demander que je fasse amende honorable, ou peut‑être que je change de comportement envers la personne concernée — plus de détachement, plus de compassion, ou plus de communication, moins d’implication, ou moins de n’importe quoi d’autre. Le rétablissement est possible quand j’abandonne cette relation à ma Puissance Supérieure et que je consens à ce qu’Elle soit différente. Il n’est pas surprenant que la plupart du temps ce soit moi qui change, pas l’autre personne. Avec le temps, je mets mon programme en pratique, il arrive parfois que quelqu’un d’autre change aussi. Serait‑il possible que ce soit parce que j’ai lâché prise et que je me mêle de ce qui me regarde ?

2018-03-09T12:40:24+00:00